Pourquoi tu souffres encore alors que cela ne fait plus parti de ta réalité, ce n'est plus d'un simple récit
La douleur est inévitable. La souffrance, elle, est optionnelle. Et la différence entre les deux tient à une seule chose : l'histoire que tu te racontes sur ce qui t'est arrivé.
Il y a des personnes qui ont traversé des choses terribles et qui vivent dans la paix. Et il y a des personnes dont la vie est objectivement stable, mais qui souffrent chaque jour. Qu'est-ce qui fait la différence ?
Ce n'est pas la gravité de ce qui s'est passé. Ce n'est pas non plus la chance, ni une forme de résignation passive. C'est quelque chose de bien plus précis — et de bien plus accessible que ce qu'on croit.
Dans mon travail d'accompagnement psychospirituel, après des années de consultations et de programmes, j'en suis arrivé à une conviction profonde : la souffrance chronique ne vient presque jamais de la réalité elle-même. Elle vient du récit que l'on construit autour de cette réalité.
Ce que le Coran exprime avec une précision qui ne cesse de me frapper : « Il se peut que vous détestiez une chose et qu'elle soit un bien pour vous. Il se peut que vous aimiez une chose et qu'elle soit un mal pour vous. Allah sait, et vous ne savez pas. » (2:216)
Ce verset ne dit pas que la douleur n'existe pas. Il dit que notre lecture de la réalité est partielle — et que cette partialité est la source de notre souffrance.
L'événement et le récit : deux choses radicalement différentes
Laisse-moi te poser une question simple : est-ce que deux personnes qui vivent exactement le même événement souffrent de la même façon ? La réponse est non — et tout le monde le sait d'expérience. Deux frères qui grandissent dans la même famille dysfonctionnelle, deux femmes qui traversent le même divorce, deux personnes qui perdent le même emploi — l'une s'effondre, l'autre rebondit.
La différence n'est pas dans l'événement. Elle est dans le sens que chacune lui donne.
L'événement, c'est ce qui s'est passé. Le récit, c'est ce que tu te dis à propos de ce qui s'est passé — sur toi, sur les autres, sur le monde, sur Allah.
L'événement est du passé. Il ne peut pas changer. Le récit, lui, est vivant. Et lui, on peut le travailler.
Voici quelques exemples de récits qui entretiennent la souffrance bien au-delà de l'événement lui-même :
- "Je n'ai pas été aimé(e) par mes parents" → récit : "Je ne mérite pas d'être aimé(e)." Ce n'est pas la réalité — c'est une conclusion que l'ego blessé a tirée de l'expérience.
- "J'ai subi des injustices dans ma famille" → récit : "Ma vie est gâchée à cause d'eux." Mais la vie est-elle réellement gâchée, ou est-ce la lecture qui l'est ?
- "J'ai échoué dans mes études, mon mariage, mon projet" → récit : "Je suis quelqu'un qui échoue." L'échec est un événement. "Je suis un échec" est un récit — et un mensonge.
- "Allah m'a mis dans cette épreuve" → récit : "Il me punit" ou "Il ne m'aime pas." Alors que le Coran dit exactement le contraire.
Tu vois la différence ? L'événement est factuel. Le récit est une interprétation. Et cette interprétation, nous la traitons comme si elle était la réalité elle-même — avec toutes les émotions que ça génère.
Pourquoi on s'accroche à des récits qui nous font souffrir
On pourrait croire que si un récit nous fait souffrir, on le changerait naturellement. Mais ce n'est pas si simple. Et la raison est contre-intuitive : nos récits douloureux nous rendent un service.
Ils nous donnent une explication. Une identité. Un cadre pour comprendre pourquoi notre vie est ce qu'elle est. "Si je souffre, c'est parce que ma mère ne m'a pas aimé(e)" — cette phrase est douloureuse, mais elle est aussi rassurante. Elle donne une cause. Elle désigne un responsable. Elle évite d'avoir à se poser des questions plus inconfortables.
Elle peut aussi, dans certains cas, devenir une identité. "Je suis quelqu'un qui a souffert" devient "je suis une victime" — et cette position, aussi inconfortable soit-elle, a une forme de familiarité. On sait comment naviguer dedans. On ne sait pas encore comment naviguer dans la liberté.
Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est un mécanisme automatique et souvent inconscient. Notre âme connectée au cerveau préfère une douleur connue à une incertitude inconnue. Elle préférera souffrir dans un cadre familier plutôt que de risquer quelque chose de nouveau.
— Pr. Aboubakr, PLDIComprendre cela — et j'insiste sur ce point — ce n'est pas se critiquer. C'est se voir avec honnêteté et avec douceur. Les mécanismes de protection de l'ego ne sont pas des défauts. Ils ont été utiles à un moment. La question est : est-ce qu'ils me servent encore aujourd'hui ?
La relecture par les plans divins : changer de regard sans nier la douleur
Ici, je dois être précis — parce que ce que je propose n'est pas du tout de la pensée positive. Ce n'est pas "fais semblant que tout va bien". Ce n'est pas "sois reconnaissant(e) de force". Ce n'est pas non plus une injonction à aller bien alors que tu souffres.
Ce que je propose, c'est une relecture — un changement de prisme. Et ce changement de prisme est ancré dans la révélation, pas dans une méthode de développement personnel.
Voici ce que cette relecture implique concrètement :
- Distinguer l'événement du sens qu'on lui donne. Ce qui s'est passé est réel. Le sens qu'on lui attribue est une construction — et cette construction peut être révisée.
- Interroger les conclusions que l'on a tirées. "Parce que ma mère était froide, je ne mérite pas d'être aimé(e)" — est-ce que cette conclusion est vraie, ou est-ce que c'est ce que l'ego blessé d'un enfant a conclu à une époque où il n'avait pas d'autre cadre de référence ?
- Ouvrir la question du bien caché. Non pas en affirmant "tout est bien" — mais en se demandant : "Est-ce que je suis certain(e) de voir tous les effets de cet événement sur ma vie ?" Le plus souvent, non.
- Placer sa confiance dans Celui qui voit ce que l'on ne voit pas. C'est ça, la foi en acte — non pas une résignation passive, mais une posture active d'ouverture à une sagesse qui dépasse notre compréhension limitée.
L'histoire de Yusuf (Joseph), paix sur lui, est l'illustration coranique la plus parfaite de ce principe. Vu de l'extérieur — abandonné par ses frères, vendu comme esclave, emprisonné injustement — c'est une succession de catastrophes. Vu de l'intérieur, avec les plans divins : chaque épreuve était une pièce exacte du puzzle qui l'amènerait à sa mission. Et lui-même, à la fin, ne dit pas à ses frères "vous m'avez fait du mal". Il dit : "C'est Shaytan qui a semé la discorde entre nous." Il a compris que leurs actes étaient le moyen, pas la cause.
Ce que j'observe sur le terrain
Dans mon travail d'accompagnement, je le vois concrètement : deux personnes peuvent traverser des épreuves d'une gravité comparable. L'une reste des années dans la souffrance. L'autre, parfois en quelques séances, accède à une paix qu'elle n'aurait pas cru possible. La différence est presque toujours dans le récit — et dans la capacité à le soumettre à examen.
Ce qui libère, ce n'est pas l'oubli. Ce n'est pas le déni. Ce n'est pas non plus la résolution magique de tous les problèmes. C'est le moment où la personne réalise que le sens qu'elle avait attribué à son événement n'était pas "la vérité" — c'était une lecture parmi d'autres. Et qu'une lecture plus juste, plus ancrée dans la réalité des plans divins, est disponible.
À ce moment-là, quelque chose se dépose. Pas toujours immédiatement — parfois il faut du temps pour que le nouveau récit s'installe vraiment dans le cœur et pas seulement dans la tête. Mais le mouvement est amorcé.
- Prends une feuille et note un événement douloureux de ta vie — une blessure, un échec, une perte, une injustice vécue.
- Écris en face ce que tu t'es dit à propos de cet événement : sur toi, sur les autres, sur Allah. C'est ton récit actuel.
- Pose-toi cette question : "Est-ce que je suis certain(e) que cette lecture est complète ? Est-ce que je vois tous les effets de cet événement sur ma vie ?"
- Écris maintenant les bénéfices éventuels de cet événement — même si c'est difficile, même si tu n'y crois pas encore. Qu'est-ce que cette épreuve t'a peut-être appris, donné ou épargné ?
- Laisse les deux colonnes coexister. Ne cherche pas à forcer une conclusion. Observe simplement si quelque chose se deserre dans ton cœur.
Ce n'est pas un exercice de pensée positive. C'est un exercice d'honnêteté — une invitation à vérifier si tu as accès à toutes les données avant de rendre ton verdict sur ta propre vie.
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