Article PLDI – FCT Séance 58

Pourquoi tu souffres dans tes relations
sans en être responsable — et sans le savoir

Ce que j'observe chaque jour dans mon travail d'accompagnement — et ce que l'axiome trois de la communication m'a confirmé.

Il y a une conversation qui se répète en ce moment dans des milliers de foyers. Elle se déroule à voix basse, parfois en silence. Elle n'a pas de début clair, pas de fin prévisible. Et les deux personnes qui la vivent sont convaincues, chacune de leur côté, d'une seule et même chose : c'est à cause de l'autre.

L'être humain est pris dans un film dont il ne voit que sa moitié. Et la clé, c'est de comprendre comment on en est arrivé là — et comment en sortir.

Ce phénomène a un nom. En psychologie systémique, on l'appelle la ponctuation des séquences de faits. C'est l'axiome trois de la communication selon Watzlawick. Et une fois que tu comprends ce mécanisme, tu ne peux plus regarder tes relations de la même façon.

Deux lectures du même film
Première lecture
Madame

« Je me replie sur moi-même parce qu'il m'agresse. » Son repli n'est qu'une réponse logique. Elle ne fait que réagir. Elle n'est pas responsable.

Deuxième lecture
Monsieur

« Je m'énerve parce qu'elle se replie. » Son agressivité n'est qu'une façon de forcer le contact. Lui non plus, il ne fait que réagir. Lui aussi, innocent.

Deux films. Une seule pellicule. Zéro solution trouvée.

Et pendant que chacun attend que l'autre fasse le premier pas — puisque c'est l'autre qui a commencé — le cercle continue de tourner. Lentement d'abord. Puis de plus en plus vite. Jusqu'à ce que l'un d'eux décroche ou explose.

Parents et adolescents

Ce mécanisme ne vit pas que dans les couples. Il s'installe partout où deux êtres humains tentent de coexister. Et nulle part il n'est plus douloureux à observer que dans la relation entre un parent et son adolescent.

Un enfant traverse une période difficile. Il parle moins. Il s'enferme dans sa chambre. Il répond par monosyllabes. Le parent ne comprend pas. L'incertitude s'installe. Puis la peur. Et parce que la peur cherche toujours de l'information pour se calmer, le parent commence à frapper à la porte. À poser des questions. À surveiller. À vouloir savoir.

L'adolescent, lui, vit quelque chose de précis : il se sent épié. Contrôlé. Pas compris, mais scruté. Et quand on se sent scruté plutôt que compris, on fait une seule chose : on se ferme davantage.

Alors le parent s'inquiète encore plus. Surveille encore plus. L'adolescent se ferme encore plus. Deux êtres qui s'aiment. Un fossé qui grandit.

« Je surveille parce qu'il se coupe de nous. » — « Je me coupe d'eux parce qu'ils me surveillent. »

— La ponctuation des séquences de faits · Axiome 3

Qui a tort ? Personne. Qui souffre ? Les deux.

Ce que le contrôle révèle

Il faut maintenant parler de quelque chose que peu de gens veulent entendre. Quand quelqu'un contrôle excessivement — que ce soit un parent, un manager, un conjoint — on est tentés de lire ce comportement comme une question de caractère. Il est autoritaire. Elle est possessive. Il est toxique. Mais ces lectures-là ne servent à rien.

Principe fondamental

Le contrôle est presque toujours le langage de l'insécurité. Quand tu contrôles, tu cherches de la sécurité — et le contrôle est la tentative, maladroite et sincère, de retrouver cette sécurité perdue.

Le manager qui vérifie chaque email de son équipe ne pense pas être un tyran. Il essaie de ne pas se noyer. Peut-être qu'il vient de prendre ce poste et qu'il doute de lui. Peut-être qu'il a subi une pression tellement forte de sa hiérarchie que cette pression se déverse sur ses collaborateurs, comme une eau polluée qui descend d'une source abîmée.

« Je contrôle parce qu'ils ne sont pas autonomes. » — « On n'est pas autonomes parce qu'il contrôle tout. »

— Le même film. Une autre pellicule. Le même cercle.

Et la sortie n'est pas dans plus de contrôle. Elle est dans plus de sécurité offerte à l'autre. Parce que la seule façon de trouver sa propre sécurité dans une relation, c'est de sécuriser d'abord celui qui est en face. C'est contre-intuitif. C'est difficile. Et c'est la seule chose qui fonctionne.

Ce que dit le Coran

Il y a une phrase du Coran que des millions de musulmans connaissent. Qu'ils se répètent dans les moments difficiles. Et il y a une façon de comprendre cette phrase qui, avec les meilleures intentions du monde, peut faire des dégâts considérables.

Sourate Al-Baqara · Verset 286
لَا يُكَلِّفُ اللَّهُ نَفْسًا إِلَّا وُسْعَهَا

Allah n'impose à une âme que ce qu'elle peut supporter.

Ce n'est pas une injonction à tout endurer. C'est une libération de la culpabilité de ne pas pouvoir accomplir ce qui dépasse réellement vos forces.

À retenir

Ce verset parle de taklîf — d'obligations religieuses. Il dit : si tu ne peux faire que 10 % de ce qu'on attendait de toi, c'est bon. Les 90 % restants ne te seront pas imputés. Il ne dit pas : reste dans la pièce qui brûle. Et quand quelqu'un vient en consultation, à bout de souffle, convaincu qu'il doit endurer encore, la première chose à faire c'est de replacer ce verset dans son sens véritable — et de lui rendre sa liberté.

Le mot le plus dangereux

Il y avait une femme. Diplômée. Compétente. Reconnue dans son domaine. Et pourtant, au fond d'elle, un mot revenait comme une condamnation : médiocre. Ingénieure quand elle aurait voulu être médecin. Capable quand elle voulait être brillante. Elle avait grandi avec une armure faite de diplômes, de réussites, d'exigences. Et l'armure était devenue sa prison.

Le mot médiocre n'existe pas pour quelqu'un qui cherche à s'améliorer. Le Coran lui-même a été révélé en vingt-trois ans — pas en un soir d'illumination. Parce que c'est ainsi que l'être humain change : par répétition, par confrontation avec le réel, par la grâce divine dont les bénéfices apparaissent avec le temps.

Se dire médiocre quand on essaie, c'est se raconter le mauvais film. C'est se condamner avec un mot que tu n'aurais jamais l'idée d'utiliser pour quelqu'un que tu aimes. Alors pourquoi l'utilises-tu contre toi-même ?

La vraie sécurité

Tout ce qu'on a vu jusqu'ici — les cercles vicieux, le contrôle, le perfectionnisme — pointe vers une seule racine : l'insécurité intérieure. Et cette insécurité, on passe une vie à essayer de la combler. Dans les belles voitures. Dans les diplômes. Dans les regards qu'on surveille. Dans les maisons parfaitement rangées.

Mais la dunya, la vie d'ici-bas dans tout son éclat, est une main tendue qui se referme toujours avant qu'on l'atteigne vraiment. Elle promet. Elle ne tient pas. Elle séduit. Elle lasse.

Tout ce travail — comprendre les cercles vicieux, voir la pellicule entière — n'est pas une fin en soi. C'est un chemin. Celui qui conduit à se comprendre soi-même d'abord, pour comprendre les autres ensuite.

Et c'est exactement pour ça qu'une formation comme celle-ci existe. Non pas pour fabriquer des thérapeutes. Mais pour fabriquer des êtres humains qui peuvent regarder la pellicule entière — et tendre cette clarté à quelqu'un qui en a besoin.

Ainsi, la question n'est pas de savoir comment échapper au sentiment d'insécurité dans lequel nous pouvons nous retrouver face à toutes les insertitudes auxquelles nous pouvons faire face. Mais c'est plutôt de savoir à partir de quoi je vais pouvoir ancrer ma sécurité et comment affronter le monde extérieur à partir de là.

Formation en Coaching et Thérapie Islamique · FCT

Cette réflexion est tirée de la séance 58 de la Formation FCT — PLDI

Un espace dans lequel on explore ensemble, semaine après semaine, ce que la psychologie systémique, la thérapie islamique et la compréhension de l'âme humaine nous apportent pour accompagner les autres.