PLDI · Psycho-spiritualité islamique

Je ne veux plus être
qu'une victime.

Sur la sortie d'une identité de souffrance

« J'en ai marre de cet état. Je veux pouvoir me relever, avancer, reprendre ma vie en main. Mais j'ai l'impression d'être coincé dans le rôle de la victime. »

Une consultation récente

Il y a des mots qui, quand on les entend, disent tout. Celui-là en fait partie. Non pas parce que la personne qui les prononce se complaît dans sa souffrance. Mais parce qu'elle a pris conscience d'une chose essentielle : elle est en train de vivre enfermée dans une identité qui n'est pas la sienne.

La victime, c'est ce qui lui est arrivé. Ce n'est pas qui elle est. Et la distance entre ces deux réalités, c'est précisément l'espace dans lequel la reconstruction devient possible.

Ce que j'aimerais explorer avec toi aujourd'hui, c'est comment on entre dans cette identité de souffrance, pourquoi on y reste, et surtout comment on en sort, pas en niant ce qu'on a vécu, mais en refusant que ce qu'on a vécu devienne tout ce qu'on est.

Principe 01 On n'entre pas dans l'identité de victime par choix

Personne ne décide un matin de devenir "la victime". On y glisse. Progressivement. Après des mois, parfois des années, d'injustices répétées, de coups encaissés, de portes fermées, de personnes qui ne croient pas ce qu'on dit, d'institutions qui ne protègent pas comme elles le devraient.

À un moment, quelque chose se fige. La souffrance, qui était au départ une réaction à des événements extérieurs, devient un état permanent. Elle cesse d'être ce qu'on ressent pour devenir ce qu'on est. Et sans qu'on s'en rende compte, toute la vie commence à être lue à travers ce prisme : je suis celui ou celle à qui il arrive des choses, pas celui ou celle qui fait des choses.

Principe fondamental

Reconnaître qu'on est entré dans une identité de victime n'est pas une accusation. C'est un diagnostic. Et comme tout diagnostic honnête, il est le premier pas vers quelque chose de mieux.

La personne qui reconnaît cet état en elle-même et qui dit "j'en ai marre" fait déjà quelque chose de remarquable : elle distingue ce qu'elle vit de ce qu'elle veut être. Cette distinction est tout. Elle prouve que l'identité de victime n'a pas encore absorbé tout l'espace intérieur.

Principe 02 Le sacrifice total n'est pas une vertu. C'est un piège.

L'une des formes les plus courantes de l'identité de victime, c'est le sacrifice absolu. Tout pour les autres. Rien pour soi. Tout pour les enfants, pour le travail, pour la famille. Comme si le fait de prendre soin de soi trahissait ceux qu'on aime, ou comme si on n'avait pas le droit d'aller bien quand les autres souffrent encore.

Ce raisonnement part d'un bon sentiment. Mais il aboutit à un résultat contraire à ce qu'il vise. Quelqu'un qui se vide entièrement n'a plus rien à donner. Un parent épuisé, angoissé, éteint, transmet cet état à ses enfants bien plus sûrement que n'importe quel manque matériel.

لَا يُكَلِّفُ اللَّهُ نَفْسًا إِلَّا وُسْعَهَا

« Allah n'impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. »

Sourate Al-Baqara, 2:286

Allah ne te demande pas l'impossible. Il te demande ton maximum, dans les limites de ce que tu peux réellement donner. Et pour donner, il faut avoir. Pour rayonner, il faut être allumé. Prendre soin de toi n'est pas un luxe égoïste : c'est une condition de ce que tu veux offrir aux autres.

Principe fondamental

Ceux qui t'entourent ont besoin de te voir aller bien. Pas parfaitement. Pas sans épreuves. Mais bien, fondamentalement bien. Ta sérénité est leur sécurité. Ton effondrement silencieux est leur anxiété.

Principe 03 Ce qu'on incarne enseigne plus que ce qu'on dit

Il y a une chose que j'observe dans mon travail d'accompagnement : les enfants n'écoutent pas les discours. Ils regardent les comportements. Ils absorbent les états. Ils apprennent à vivre en observant comment leurs parents vivent.

Un parent qui se relève malgré l'adversité, qui maintient une routine, qui fait preuve de légèreté même dans la difficulté, qui prie et qui continue, enseigne à ses enfants quelque chose d'inestimable : la résilience n'est pas un mot. C'est une façon d'être. Et ça s'apprend en le voyant.

À l'inverse, un parent qui souffre en silence mais dont la tristesse imprègne tout l'espace de la maison transmet, malgré lui, une angoisse que les enfants ne savent pas nommer mais qu'ils portent.

Principe fondamental

Tu n'as pas besoin d'être parfait pour être un modèle. Tu as besoin d'être vrai et debout. Ceux qui te regardent n'ont pas besoin de voir une vie sans épreuves. Ils ont besoin de voir comment on traverse les épreuves avec dignité.

Principe 04 Sortir de la victime, ce n'est pas nier ce qu'on a subi

Il y a une confusion importante à dissiper. Sortir de l'identité de victime ne veut pas dire prétendre que tout allait bien. Que les injustices n'ont pas existé. Que la violence n'a pas eu lieu. Que l'abandon n'a pas fait mal. Tout ça est réel. Et il ne s'agit pas de le minimiser.

Sortir de l'identité de victime, c'est décider que ce qui t'a été fait ne définira pas ce que tu deviens. C'est refuser de laisser l'injustice de l'autre avoir le dernier mot sur ta vie. C'est reprendre la narration.

Il y a une différence fondamentale entre dire "j'ai été victime d'une situation" et dire "je suis une victime". La première est une description d'un événement passé. La seconde est une identité présente. Et c'est cette bascule, subtile mais décisive, qui change tout.

Principe fondamental

Ce qu'on t'a fait t'appartient comme blessure. Ce que tu en fais t'appartient comme choix. La blessure, personne ne peut te la retirer. Le choix, personne ne peut te l'imposer.

Principe 05 La reconstruction commence par une décision, pas par une condition

On attend souvent que les conditions changent pour commencer à aller mieux. Quand le divorce sera prononcé. Quand les enfants iront mieux. Quand j'aurai un travail. Quand la situation sera plus stable. Mais les conditions ne changent jamais assez vite. Et pendant ce temps, la vie attend.

La reconstruction ne commence pas quand les problèmes disparaissent. Elle commence quand on décide de ne plus les laisser définir qui on est. C'est une décision intérieure, prise souvent dans des conditions extérieures qui n'ont pas changé d'un pouce.

Concrètement, ça ressemble à quoi ? À des petits gestes quotidiens qui disent : je prends soin de moi. Une prière faite avec présence. Une sortie avec les enfants pour le plaisir. Une formation. Un projet, même modeste. Quelque chose qui dit : je construis, je n'attends pas.

Principe fondamental

La reconstruction n'est pas un état qu'on atteint un jour. C'est une direction qu'on choisit chaque matin. Et chaque petit pas dans cette direction est déjà la reconstruction en acte.

Quelqu'un que j'ai accompagné récemment portait cette lassitude profonde d'être "la victime". Ce qui l'a aidé à en sortir, ce n'est pas que sa situation extérieure s'améliore radicalement. C'est qu'il a compris qu'il avait encore le contrôle sur quelque chose : la façon dont il se regardait lui-même. Et c'était suffisant pour commencer.

Ce que j'ai partagé ici s'inspire de vraies conversations, menées avec la permission des personnes concernées, dont tous les détails personnels ont été retirés. Ces enseignements sont pour toi, parce que tu n'es probablement pas si loin de ce qu'elles ont vécu.

Si tu te reconnais dans ce que tu viens de lire et que tu as besoin d'un espace pour commencer à sortir de là, concrètement et avec un accompagnement : les consultations individuelles sont ouvertes.

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