Quand le Coran guérit
ce que le psy ne nomme pas encore
Il y a des cours qui passent. Et il y en a qui restent. Le cours 93 était de ceux-là.
Il y a des cours qui passent. Et il y en a qui restent. Pas parce qu'ils étaient plus longs, ni plus savants. Mais parce qu'à un moment donné, au détour d'une explication grammaticale ou d'un souvenir partagé à voix haute, quelque chose s'est fissuré en toi. Un nœud que tu portais sans le nommer depuis des années. Le cours 93 était de ceux-là.
Le verset 38 de Sourate Al-Baqara parle de deux émotions. Deux seulement. Comme si Allah, dans Sa sagesse, avait résumé toute la souffrance humaine en un seul verset.
C'est l'écart. L'écart entre ce que tu espérais et ce que tu as obtenu. Le Coran utilise le mudāriʿ — une tristesse qui n'a pas fini de se faire. Qui continue de se tisser, jour après jour.
C'est la projection. Tu projettes dans le futur la perte de quelque chose, ou l'échec à l'obtenir. Et tu souffres maintenant de quelque chose qui n'est pas encore arrivé.
À première vue, ça semble réducteur. L'être humain est complexe, non ? Il ressent de la jalousie, de la honte, de la colère... Mais et si tout ça n'était que des visages différents de la même chose ?
La colère, par exemple, n'est pas une émotion indépendante. C'est la tristesse d'un besoin insatisfait avec un coupable désigné. Quand la douleur trouve une adresse, elle devient rage.
Mais la vraie question — celle que tout le reste fait semblant de poser — est celle-ci : pourquoi souffres-tu autant de perdre ou de ne pas obtenir ? La réponse tient en un seul concept.
Le problème n'est pas la dounia. C'est ton attache à celle-ci. Tu ne peux pas vivre sans t'attacher — c'est biologique, c'est humain, c'est lié à la fitrah. Le problème, c'est quand on s'attache à des illusions.
La dounia est décrite dans le Coran comme matāʿ al-ghurūr : une jouissance qui trompe. Non pas parce qu'elle est mauvaise en soi, mais parce qu'elle fait semblant d'être permanente. Elle fait semblant de pouvoir te combler. Elle fait semblant d'être digne de tout l'amour que tu lui donnes. Et puis elle part. Ou elle change. Ou elle déçoit.
Imagine que tu escalades une montagne. La paroi est abrupte, le vide en dessous est réel. À un moment, tu dois choisir : à quoi vas-tu confier ta sécurité ?
Option 1 : Tu accroches ta corde à un piton planté dans la roche — un roc massif, imprenable, au sommet de la montagne. As-Samad.
Option 2 : Tu la confies à quelqu'un qui marche à côté de toi. Quelqu'un de bien, de sincère, qui t'aime — mais qui, comme toi, peut trébucher.
Celui dont tout le monde a besoin, et qui, Lui, n'a besoin de personne.
Le remède coranique à la peur et à la tristesse n'est pas le détachement total — ce serait inhumain. C'est le re-attachement : se détacher de la dounia pour s'attacher à Celui qui ne changera jamais, ne mourra jamais, ne décevra jamais.
Il y a des moments, dans certains cours, où l'enseignant disparaît et où l'homme reste. Ce soir-là, Aboubakr a raconté qu'en 2018, alors qu'il venait d'ouvrir sa chaîne YouTube depuis quelques mois, des doutes s'étaient installés sur sa légitimité. Cette nuit-là, il avait publié une vidéo d'adieu.
Pas d'adieu à la vie. D'adieu à YouTube. À PLDI. À cette mission qu'il portait depuis des années et qui lui semblait soudain trop grande pour sa petite personne illégitime. Les pensées qu'il décrit ce soir-là, tu les reconnais peut-être : Les gens vont penser que je joue le savant. Qui suis-je pour parler de cela ? Et si Allah n'était pas satisfait ?
Cette nuit-là, il a fait un rêve. Il se voit dans une mosquée. Un homme nommé Redouane — dont le sens arabe indique la satisfaction, l'agrément — vient à sa rencontre tout souriant et lui dit : « Continue ce que tu fais et ne crains pas le blâme d'un blâmeur. »
En se réveillant, il en parle à son cheikh. Le cheikh lui dit : « N'arrête pas ce que tu fais, mais limite-toi à ce que tu sais. » C'est ainsi que son cœur s'apaisa — et que PLDI continua d'exister.
Sans l'intervention du rêve, la peur aurait sûrement continué de prendre le dessus. Et PLDI n'existerait pas aujourd'hui. Et toi, tu ne serais pas là à lire ces lignes. Les versets qu'on étudie ne sont pas de simples théories : ce sont des bouées qu'on attrape dans le noir.
La foi n'est pas un état. C'est un mouvement. Aboubakr l'a dit avec une image simple, presque enfantine — et pourtant elle résume tout.
Le vélo à dynamo. Tant que tu pédales, la lumière s'allume. Dès que tu t'arrêtes, l'obscurité revient.
— Aboubakr · Cours 93Les cinq prières ne sont pas des obligations bureaucratiques. Ce sont cinq stations de recharge dans une journée qui, sinon, t'éloignerait doucement du centre. C'est pour ça que les cours trois fois par semaine sont prévus sur le long terme, jusqu'en 2034. Non pas pour remplir son temps, mais parce que la foi ne s'entretient pas en sprint — elle se construit dans la durée, par retours réguliers, semaine après semaine.
Et puis le cours a basculé sur le verset 39. Plus froid. Plus grammatical. Mais pas moins bouleversant. Allah parle de ceux qui ont mécru et démenti Ses signes. Et Il dit qu'ils seront ashābu-n-nār : les compagnons du feu.
Pas les habitants. Pas les prisonniers. Les compagnons. En arabe, sāhib désigne quelqu'un qui ne te quitte pas. Ton ami le plus proche. Celui qui est collé à toi.
Allah a choisi ce mot. Parce que leur relation au feu est à l'image de leur relation à leur propre arrogance : ils s'y sont attachés. Ils ont refusé de lâcher. Et Allah, dans Sa justice, n'a fait que confirmer le choix qu'ils avaient déjà fait.
Refuser la vérité, c'est une forme de kufr — couvrir, voiler, nier. Et quand un être humain reste enfermé dans ses croyances limitantes, dans ses perceptions déformées, dans sa résistance à la réalité, il se condamne lui-même à souffrir.
Comme tenir une braise dans sa main. Tu peux appeler ça de la conviction. Tu peux appeler ça de la fidélité. Mais la braise brûle quand même.
Le cours 93 n'était pas un cours sur la grammaire arabe. Ni même sur la psychologie islamique. C'était un cours sur le choix fondamental de toute existence humaine.
Le Coran ne te demande pas de ne rien aimer. Il te demande d'aimer dans le bon ordre. D'attacher ta sécurité à l'Infaillible, et non à ce qui tremble.
Et si tu arrives à faire ça — cours après cours, prière après prière, istikhāra après istikhāra — alors le verset 38 devient ta promesse personnelle : pas une anesthésie, pas une indifférence. Une liberté.
À quoi vais-je accrocher ma corde ?
Cours 94 · Mercredi 01 avril 2026 — On reprendra les deux causes précises du châtiment : al-kufr et al-takdhīb.
Rejoins les cours trois fois par semaine sur la Sourate Al-Baqara
Un espace dans lequel on explore ensemble, semaine après semaine, ce que le Coran a à nous dire sur notre vie intérieure — et ce que les Noms d'Allah nous apportent en matière de guérison et de paix du cœur.